Une escroquerie mêlant diamants, fausses lettres, séduction et manipulation de la noblesse — le tout sur fond de cour royale. Retour sur l’affaire qui a ébranlé la monarchie française en 1785.
Le collier le plus somptueux de son temps.
Tout commence dans les années 1770. Deux joailliers parisiens, Charles Boehmer et Paul Bassenge, conçoivent un collier de diamants extravagant, destiné à orner le cou de Madame du Barry, favorite du roi Louis XV. Mais à la mort de ce dernier en 1774, le projet tombe à l’eau : la nouvelle cour n’a ni l’envie ni les moyens de l’acheter.
Le collier — estimé à 1,6 million de livres, une somme colossale — reste invendu. Les joailliers tentent alors de convaincre Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, de l’acquérir. Mais la Reine refuse, jugeant l’objet indécent dans un contexte de crise économique et souhaitant redorer son image.
L’escroquerie prend forme.
C’est ici qu’intervient une aventurière ambitieuse : Jeanne de Valois-Saint-Rémy, qui se fait appeler la comtesse de La Motte. Issue d’une branche bâtarde de la famille royale, elle vit dans la pauvreté, mais rêve de gloire et de richesse.
Ayant réussi à approcher le cardinal de Rohan, prélat influent et autrefois disgracié par Marie-Antoinette, elle comprend rapidement son désir de regagner les faveurs de la Reine. Jeanne monte alors une escroquerie audacieuse : elle fait croire au cardinal que Marie-Antoinette souhaite secrètement acheter le collier, mais qu’elle veut le faire discrètement, en passant par un tiers de confiance.
Pour rendre la manœuvre crédible, elle falsifie des lettres à l’en-tête de la Reine et va jusqu’à organiser une rencontre nocturne dans les jardins de Versailles entre le cardinal et une prostituée déguisée en Reine.
Convaincu, Rohan commande le collier à crédit au nom de la Reine et le remet à Jeanne, pensant œuvrer pour le trône. Mais au lieu de le transmettre, Jeanne et ses complices démontent le collier et vendent les diamants à l’étranger.
Un scandale éclate à la cour.
Lorsque les joailliers réclament leur dû à Marie-Antoinette, celle-ci tombe des nues. L’affaire explose au grand jour en août 1785. Le cardinal de Rohan est arrêté publiquement à Versailles, ce qui choque la noblesse.
Un procès retentissant s’ouvre. Marie-Antoinette, bien que innocente, voit son nom sali. Le cardinal est finalement acquitté par le Parlement de Paris, ce qui est perçu comme un désaveu du pouvoir royal. Jeanne, quant à elle, est condamnée, fouettée publiquement et marquée au fer rouge. Elle s’échappera de prison et finira ses jours à Londres.
Une affaire désastreuse pour la monarchie.
L’Affaire du collier de la Reine a eu un impact considérable sur l’opinion publique. Déjà impopulaire, Marie-Antoinette est désormais surnommée « Madame Déficit ». Le peuple, peu informé des subtilités de l’affaire, la tient pour responsable de l’escroquerie.
Ce scandale est souvent vu comme l’un des éléments déclencheurs de la Révolution française, car il symbolise aux yeux des Français une monarchie corrompue, dépensière et déconnectée de la réalité.
Conclusion : un bijou empoisonné.
Ce qui devait être un chef-d’œuvre de joaillerie devint l’un des plus grands scandales du XVIIIe siècle. L’affaire du collier de la Reine est bien plus qu’une escroquerie : c’est un miroir des tensions sociales, des manipulations politiques et du déclin irréversible de la monarchie absolue.

