La conformité en matière de cybersécurité est devenue une exigence incontournable pour les entreprises, grandes ou petites. Entre obligations réglementaires (RGPD, ISO 27001, NIS2) et demandes des partenaires commerciaux, les audits de sécurité se sont multipliés. Mais cette ruée vers la « certification » a aussi ouvert la voie à un nouveau type de fraude : les audits de cybersécurité bidons. Derriere des rapports bien présentés, parfois automatisés ou copiés, se cachent des prestations sans rigueur technique, vendues à prix cassés. Illusion de sécurité, complaisance, voire complicité : retour sur un business opaque qui met en péril la véritable protection des systèmes d’information.
1. Une demande croissante, un marché déréglementé.
Face à la montée des cybermenaces et à l’exigence de preuve de conformité, les entreprises cherchent des solutions rapides pour obtenir un audit. Cette pression alimente un marché où l’offre se diversifie : cabinets de conseil reconnus, freelances certifiés… mais aussi prestataires sans vérification de compétences, qui profitent de la complexité technique pour vendre des audits « clés en main ».
Sur des plateformes de freelancing ou via LinkedIn, des propositions pullulent : « audit RGPD en 48h », « pack cybersécurité conforme ISO 27001 à 299€ », etc. Des promesses attractives mais rarement tenues.
2. Des audits sans fondement techniques.
Ces audits frauduleux sont souvent caractérisés par :
- Des questionnaires génériques sans vérification des systèmes.
- Des scans de vulnérabilités automatisés non interprétés.
- L’absence d’analyse de risques adaptée au contexte de l’entreprise.
- Des rapports recyclés d’un client à l’autre.
En réalité, ces « auditeurs » ne disposent pas des compétences nécessaires (ni techniques, ni juridiques) pour mener une véritable évaluation. Pire, certains rapports sont générés par IA sans aucune vérification humaine.
3. Des entreprises complices ou victimes ?
Certaines entreprises, en particulier les petites structures, sont de bonne foi. Elles pensent sincèrement répondre à leurs obligations. D’autres, en revanche, cherchent surtout à se couvrir à moindres frais, sans changer leurs pratiques internes. Ces audits leur offrent une forme de « preuve papier » à montrer à un client ou à un fournisseur.
Cette complaisance alimente un cercle vicieux : les audits bidons se multiplient, la méfiance augmente, et les vrais professionnels sont mis en concurrence avec des offres low-cost trompeuses.
4. Les conséquences réelles de l’illusion de conformité.
En cas d’incident, un faux audit n’offre aucune protection juridique ni technique. La responsabilité de l’entreprise peut être engagée pour négligence. De plus, un rapport mal fait peut laisser passer des vulnérabilités critiques non corrigées.
Par ailleurs, les partenaires commerciaux ou les autorités peuvent vérifier la véracité des audits : en cas de doute, la confiance est rompue, et la réputation de l’entreprise détruite.
5. Comment identifier un audit fiable ?
Pour s’assurer de la qualité d’un audit :
- Privilégier les prestataires reconnus et certifiés (PASSI, ISO, etc.).
- Demander une méthodologie claire (EBIOS, NIST, ISO27005).
- Exiger une vérification sur site ou à distance des systèmes.
- Refuser les audits en 24h sans contact humain.
- Comparer les références et demander un devis précis.
Conclusion : Dans un paysage où la cybersécurité est devenue un enjeu vital, se contenter d’une apparence de conformité revient à construire une forteresse sur du sable. Les audits frauduleux ne protègent pas : ils exposent. Pour les entreprises, la vigilance s’impose non seulement face aux cybermenaces, mais aussi face aux faux experts qui les promettent invincibles. La sécurité numérique commence par une exigence de vérité.

