Derrière les sourires, les codes promo et les vidéos virales, certains influenceurs ont contribué — parfois sciemment — à propulser de véritables escroqueries financières. Une dérive inquiétante qui soulève des questions éthiques, juridiques et sociales.
Des arnaques sous couvert de notoriété.
Ces dernières années, les réseaux sociaux sont devenus des canaux privilégiés pour promouvoir des placements soi-disant « révolutionnaires » : crypto-monnaies, plateformes de trading, investissements dans des start-ups ou encore produits financiers alternatifs.
Or, plusieurs de ces offres se sont révélées frauduleuses, entraînant la perte de millions d’euros pour des milliers d’abonnés. Des influenceurs, profitant de leur image de confiance, ont parfois touché d’importantes commissions pour en faire la promotion — sans toujours en mesurer les conséquences.
L’affaire “Influencrypto” : un exemple emblématique.
En 2023, plusieurs influenceurs francophones très suivis sur YouTube, Instagram et TikTok ont été accusés d’avoir promu des projets liés à des crypto-monnaies douteuses, parfois même inexistantes, à des centaines de milliers de fans.
Certains de ces projets se sont effondrés du jour au lendemain, les fondateurs ayant disparu avec les fonds des investisseurs. L’enquête a révélé que plusieurs influenceurs avaient touché des rémunérations allant jusqu’à 50 000 € par promotion, sans avoir vérifié la légitimité du projet.
Ignorance ou complicité ?
La ligne est parfois fine entre la négligence et la complicité active. Certains créateurs de contenu plaident l’ignorance : « Je n’ai pas su que c’était une arnaque », « Je n’ai fait que relayer une proposition ». D’autres, en revanche, continuent de promouvoir des projets malgré les alertes répétées d’autorités financières, comme l’AMF (Autorité des marchés financiers) en France.
La responsabilité morale et légale des influenceurs est de plus en plus mise en cause, d’autant plus lorsqu’ils touchent une rémunération pour vanter un produit à leurs communautés.
Des victimes jeunes et influençables.
Ce qui rend ces dérives particulièrement graves, c’est le profil des victimes : souvent des jeunes, parfois mineurs, attirés par la promesse d’argent facile, de « revenus passifs » ou de liberté financière. L’autorité de l’influenceur, la viralité du contenu, et l’ambiance de « success story » contribuent à masquer les risques réels.
La réaction (tardive) des autorités.
Face à la montée des plaintes, les institutions commencent à réagir :
- En France, la loi sur l’encadrement des influenceurs (2023) interdit la promotion de certains produits financiers sans agrément.
- Des sanctions judiciaires ont été prononcées contre des influenceurs ayant promu des arnaques, y compris des peines de prison avec sursis.
- Les plateformes (YouTube, Instagram, TikTok) sont de plus en plus incitées à modérer ou retirer les contenus problématiques.
Les bons réflexes pour les internautes.
Pour éviter de tomber dans le piège, il est crucial de :
- Se méfier des promesses de gains rapides et garantis.
- Vérifier si le produit est agréé par des organismes officiels (comme l’AMF).
- Rechercher des avis extérieurs et critiques.
- Refuser de « payer pour investir » ou d’envoyer de l’argent à des plateformes inconnues.
- Comprendre que l’influenceur n’est pas un conseiller financier.
Conclusion : L’éthique à l’épreuve de l’influence.
L’influence est un pouvoir. Lorsqu’elle est utilisée pour servir des intérêts financiers douteux, elle devient un outil de manipulation massive. Si la loi commence à poser des limites, la vigilance collective reste la meilleure protection : celle des créateurs de contenu intègres, mais surtout des internautes lucides.

